Témoignages

Quelques témoignages de personnes sourdes, malentendantes ou concernées par ce handicap.

*A notre époque, on avait plus ou moins du mal à faire des études supérieures (financement des interprètes parfois difficile à obtenir, entrée en faculté difficile par le fait de notre surdité, … Je voulais être dans le droit juridique et j’ai finalement été dans les chiffres … 1 + 1 = 3
(R.M., surdité profonde).

*Mon cas est un peu particulier vu que je suis malentendante mais aussi malvoyante.
Après le lycée la Martinière, j’ai fait l’école de kiné réservé aux personnes ayant un handicap visuel. Beaucoup de cours théoriques étaient dactylographiés. Pour les cours pratiques, il fallait surtout pratiquer, il y avait peu d’écrit. Mais il m’a fallu un peu de temps pour comprendre, maîtriser de nombreux nouveaux mots spécifiques à la médecine. Au début, c’était flou. Je ne comprenais pas tout.
Finalement, j’ai bien aimé mes études. C’était intéressant !
Et dans ma vie professionnelle je suis tout le temps amenée à m’occuper de personnes en situation de handicap, situation que je connais. Du coup cela me donne un certain avantage pour mieux accompagner mes patients.
(M. A., surdité moyenne et cécité moyenne).

*J’ai eu la chance d’apprendre la LSF au lycée. Cela m’a servi pour la suite de mes études. En effet j’ai bénéficié de la présence d’un interprète LSF lors de ma formation d’éducatrice spécialisée. Ensuite je me suis orientée vers la formation de formatrice LSF où les intervenants sont sourds et s’expriment en LSF. Donc je n’ai pas eu de grosses difficultés de compréhension. C’est plutôt avant le lycée où j’ai eu du mal à suivre les cours car tout se passait en oral ! Avec le recul, je me rends compte que j’ai fait le chemin inverse….
(E.S., surdité profonde).

*Atteinte d’une surdité sévère et appareillée des 2 oreilles, j’ai suivi un cursus scolaire un peu atypique. Dès l’enfance, pendant les années 1970, j’ai intégré une école spécialisée pour déficients auditifs. C’était une petite école avec 3 classes où les enfants étaient mis par niveau. L’apprentissage primordial était la lecture labiale et l’écriture avec une importance sur l’orthographe et la syntaxe grammaticale. Et depuis l’entrée au collège, en intégration complète avec les « entendants », les difficultés de compréhension se sont révélées stressantes et épuisantes. Cela nous demande, sourds et malentendants, un surcroit de concentration visuelle, de vivacité d’esprit et de volonté. Les profs ne sont pas toujours patients et attentifs à nos besoins d’où la nécessité de toujours solliciter des copies, des notes et des cours pour reprendre à zéro en dehors du scolaire. Nous travaillions 2 fois plus mais nous avions les mêmes capacités intellectuelles que les personnes « entendantes » sauf de ne pas entendre. Ces difficultés se répètent autant dans les lycées et pour les études supérieures. J’ai eu la chance d’avoir eu le soutien familial pour ne pas se décourager et persévérer.
Je suis convaincue pour l’égalité des chances de chacun d’entre nous et j’apporte tout mon soutien à Elsa de concrétiser son projet Handicap dans le milieu scolaire et professionnel.
(B.G., surdité sévère).

*En obtenant mon Bac F3 en électrotechnique, j’avais des difficultés à poursuivre mes études supérieures à cause de ma surdité. J’avais demandé un dossier d’inscription pour préparer un BTS Maintenance industrielle. Mais la liste des candidats était en attente. Juste la rentrée en septembre 1986, j’avais de la chance d’avoir été accepté pour faire des études supérieures. J’avais bien sûr des difficultés pour me faire comprendre pendant les cours. Je demandais toujours à un camarade entendant pour m’aider à copier les textes sous carbone. A l’époque, il n’y avait pas du service d’interprétariat en LSF. Je lisais tout le temps sur les lèvres des professeurs pendant les cours. C’était très dur et c’était un travail de longue haleine… Je ne peux pas te raconter tout ça pour faire une page…hi hi. Bref, j’ai fait BTS Maintenance industrielle et BTS Assistance technique d’ingénieur avec succès. Je suis actuellement technicien de laboratoire dans un centre de Recherche depuis 23 ans. (X.S., surdité profonde).

*En intégrant directement une licence de géographie à Avignon, je ne m’attendais pas à autant d’obstacles qui pouvaient se dresser devant moi en terme de compréhension et d’écoute des professeurs. Je ne connaissais aucune aide technique et je me débrouillais par moi-même. J’empruntai s les notes de mes collègues pour retravailler les cours. Si besoin, je prenais des livres en lien avec le cours. Cela me prenait beaucoup d’énergie, il est vrai. Il me semble me souvenir que je ne me bataillais pas pour que les professeurs parlent plus distinctement. Juste un parce qu’il n’arrêtait pas d’aller au fond de la classe et que j’étais sans cesse obligé de me retourner. A force, j’ai dû partir à l’intercours tellement ça m’épuisait. A ce cours-là, je n’avais pas de très bonnes notes. Cela ne m’a pas empêché de réussir ma licence.

Ensuite, lors de mes études d’éducateur spécialisé, c’était plus facile car nous étions en plus petit groupe. En deux ans, je n’ai demandé que deux fois à la classe de bien veiller à parler distinctement. Au bilan final, un de mes formateurs m’a reproché d’avoir trop parlé de ma surdité. Cherchez l’erreur!

Enfin, j’ai passé mon diplôme de documentaliste scientifique et là, j’ai utilisé pour la première fois un micro-HF. Je ne l’ai pas beaucoup utilisé car hélas, cela me causait des maux de crâne terrible. Problème de réglage sans doute. J’ai pu être dispensé du cours d’anglais tellement je galérais à comprendre et à distinguer les sons à l’oral.

J’ai donc passé mes études avec très peu d’aides techniques. Je n’ai dû compter que sur ma débrouillardise et je ne m’en suis pas trop mal sorti. Mais il est vrai que des aides auraient été un plus ainsi qu’un accompagnement.
(V.L., surdité profonde).

*Malentendant de naissance, j’ai du composer avec des contraintes importantes lors de mes études supérieures… J’ai démarré une licence de philosophie en 2010 et termine le master de philosophie en cette fin d’année 2016… j’ai passé également une licence de psychologie dans les mêmes temps.

Pour information, j’ai un degré de surdité sévère mais à l’aide de prothèses auditives, j’entends bien mieux, surtout de l’oreille droite (l’oreille gauche restant presque sourde).

Dans la vie quotidienne, il reste très difficile pour moi de communiquer dans un endroit bruyant ou dans une conversation de groupe: la fatigue se fait ressentir très vite tant il est difficile de suivre plusieurs dialogues à la fois…

On considère qu’il est plus simple d’écouter les leçons d’un professeur dans un amphithéâtre ou dans une salle de classe du fait qu’en général, les salles sont isolées du bruit et qu’il n’y a que le discours du professeur à écouter, il faut croire que non.

Outre la recommandation très raisonnable de s’asseoir au premier rang de la classe pour écouter dans les conditions optimales, la fatigue reste omniprésente et lourde tant l’écoute est active et demande des efforts supplémentaires que les entendants ne connaissent pas. Sans vouloir me faire passer pour un oisif, je faisais toujours partie des premiers à bailler dans la classe !

Par exemple, je ne peux pas prendre les notes en même temps que l’écoute, j’ai besoin de regarder l’interlocuteur en face de moi pour écouter et comprendre sans blocage. Heureusement pour moi, il y avait toujours le gentil voisin ou la gentille voisine qui acceptait de me soutenir ou alors de me confier ses notes à la fin du cours pour corriger les miennes. Les étudiants en philosophie et psychologie sont bienveillants et solidaires en général, je pense qu’il est plus simple de solliciter de l’aide dans ce type d’études.

Dans une petite salle de cours, le problème restait néanmoins limité bien que régulier. Dans un amphithéâtre en revanche… Je ne me souviens pas avoir réussi à suivre un cours en amphi… le professeur parlait au micro, mais la salle était si grande et j’avais beau me placer au premier rang, il était très difficile de capter ce qu’il disait. Durant ma licence de psychologie, j’ai fait l’impasse sur les cours en amphithéâtre, je me suis débrouillé avec les cours des autres ou les cours en ligne (mon université propose également des cours en ligne, une très grande aide pour ceux qui ne suivent pas le cours en amphi).

La plupart des professeurs de philosophie que j’ai eus font l’effort d’être accessibles, prennent le temps de répéter l’essentiel de leurs cours à tous. Les TD en psychologie étaient bien sûr beaucoup plus simple à suivre pour un malentendant comme moi car les sciences ont l’avantage de ne pas pouvoir porter à confusion les élèves… alors qu’en philo il y a plusieurs manières de penser un concept ou une idée, les malentendus peuvent être donc sources de quiproquos et de non sens, il fallait faire attention à ce qu’on notait.
(J.M., surdité moyenne).

*J’ai été orthophoniste pendant 25 ans auprès de jeunes sourds collégiens et lycéens de la Région Rhône Alpes, au sein d’un SSEFIS (Services de Soutien à l’Éducation Familiale et à l’Intégration Scolaire).

La structure la plus importante pour l’intégration des Lycéens se trouvait au Lycée La Martinière Duchère, où le regroupement des élèves sourds ( jusqu’à une trentaine) a permis de concentrer les moyens et de mener une action pluridisciplinaire très riche. Outre certains cours (Français, Maths, Histoire-Géographie, Anglais) qui regroupaient les Sourds avec un professeur du lycée, les jeunes bénéficiaient de soutien dans les autres matières. Quotidiennement, l’équipe spécialisée était en contact avec l’équipe des professeurs du Lycée, et des réunions de « concertation » avaient lieu régulièrement. Outre le suivi des élèves, il s’agissait de sensibiliser les professeurs aux spécificités de la surdité.

Je pourrais parler pendant des heures de cette expérience mais vais essayer de me limiter aux points qui me paraissent les plus importants.

A l’oral, un sourd, même s’il a une excellente lecture labiale, ne perçoit qu’une partie du message : certains sons présentent la même image labiale, d’autres sont invisibles sur les lèvres.

La lecture labiale est avant tout un complément à l’information auditive. Il faut faire une synthèse entre la lecture labiale et les sons perçus quand il en reste. En fonction du contexte, de ce dont on est en train de parler, le cerveau doit faire des hypothèses pour accéder au sens de manière cohérente. On parle de suppléance mentale.

Tous les outils qui permettent d’améliorer ou de préciser le message oral sont à prendre. Le codage LPC est un de ces outils.

Pour les sourds qui utilisent la Langue des Signes, le message oral ne peut être reçu qu’avec l’aide d’un interprète. Dans les années 1985, l’interprétariat n’était pas mis en place dans les écoles, il a fallu attendre les années 90 pour que les premiers interprètes interviennent au Lycée. D’abord de façon limitée car le métier n’était pas développé, l’interprétation était assurée par des personnes issues de la communauté sourde, enfant de parents sourds principalement. Actuellement, la pratique est courante.

Dans tous les cas, que ce soit en lecture labiale, LPC ou traduction LSF, la prise de notes est difficile voire impossible.

Pour l’écrit, il faut savoir que les jeunes sourds qui accèdent au Lycée sont de très bons lecteurs, et pourtant… Combien de fois a-t-il fallu rappeler que le fait de lire ne compense pas la déficience auditive ! La lecture n’est pas qu’un code visuel qui permettrait donc aux Sourds de gommer leur différence.

Un entendant passe à l’écrit quand il comprend la langue orale. Le jeune sourd, lui, apprend le français comme une seconde langue, seconde langue qui, sauf pour les jeunes qui parlent la LSF en famille, existe sans première langue.

Or pour comprendre un texte, il faut connaître le vocabulaire, les nuances syntaxiques et plus généralement la situation de référence. Tout cela, pour les sourds, se fait par apprentissage ; là où il suffit aux entendants d’écouter la radio, la télé, ou simplement les discussions familiales ou de cour de récréation.

Outre le travail sur les structures syntaxiques, l’apprentissage de vocabulaire et de la polysémie, le travail sur l’analogie, l’implicite et les métaphores, le travail de culture générale est fondamental. Pour cela nous avons mis en place des groupes de langage, d’écriture d’un journal, de cinéma pour exercer collectivement les jeunes à connaître et échanger sur l’actualité, la culture, les phénomènes sociétaux .

Toute notre action visait à rendre les jeunes sourds le plus autonomes possible, à s’exprimer de la façon la moins maladroite possible mais surtout s’exprimer, participer au monde qui les entoure.

Pour aider à la compréhension de l’écrit, il est nécessaire de reformuler, de donner un maximum d’informations visuelles (schémas, tableaux) qui permettent de simplifier la formulation. Et rien ne vaut à mon avis, le soutien individuel pour cerner les difficultés et mener ensuite à l’autonomie. (E.F.).

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